Ligament Croisé Antérieur (LCA) : Les sauts verticaux

La rééducation après une reconstruction du ligament croisé antérieur (LCA) est un processus délicat qui demande une évaluation fonctionnelle rigoureuse pour garantir un retour sûr à la pratique sportive. Parmi les outils d’évaluation disponibles, les tests de saut vertical, bien qu’encore peu utilisés en comparaison des sauts horizontaux, se révèlent essentiels pour identifier les déficits fonctionnels persistants et réduire les risques de récidive des blessures. Cette approche est d’une grande importance, comme le soulignent les études récentes.

L’une des préoccupations majeures après une reconstruction du LCA est le risque élevé de nouvelles blessures, que ce soit sur le genou opéré ou le genou controlatéral. Selon Giacomazzo et al. (2024), les patients présentent des déficits marqués dans les performances de saut vertical à environ 7 mois après l’opération. Ces déficits, notamment en termes de hauteur de saut et de capacité réactive, se traduisent par une altération significative de la symétrie entre les membres. Seulement 27 % des patients ont un indice de symétrie des membres (LSI) supérieur à 90 % pour la hauteur de saut vertical sur une jambe, contre 80 % pour les individus en bonne santé.

Ces résultats montrent que l’utilisation des tests de saut vertical, notamment le single leg vertical jump (SLVJ) et le single leg drop jump (SLDJ), permet de détecter des déficits fonctionnels qui pourraient ne pas être apparents avec d’autres tests. Ces tests évaluent non seulement la production de force concentrique mais aussi la force réactive, ce qui est particulièrement important pour la prévention des blessures lors des mouvements explosifs fréquents dans les sports.

Les tests de saut ne se limitent pas à mesurer la hauteur de saut. Comme l’ont souligné King et al. (2021), les différences biomécaniques, en particulier dans le contrôle du plan sagittal, sont des indicateurs clés des risques de blessure au genou controlatéral chez les athlètes post-reconstruction LCA. Ces différences incluent des asymétries de la force de réaction au sol et une moindre capacité à absorber et à produire rapidement de la force pendant les receptions de sauts.

Ces observations mettent en avant l’importance de cibler spécifiquement la force et la réactivité des quadriceps et des muscles autour du genou lors de la rééducation, en particulier au stade avancé. L’évaluation des sauts verticaux permet d’identifier ces déficits et d’adapter la rééducation pour renforcer ces capacités , ce qui est crucial pour réduire le risque de blessure.

Traditionnellement, les tests de saut horizontal, comme le hop test for distance (Riera et al, 2023), sont largement utilisés dans l’évaluation du retour au sport. Cependant, ces tests peuvent ne pas révéler certains déficits importants. Lors de sauts horizontaux un manque de capacité au niveau du genou peut être compensé au niveau de la hanche et de la cheville, ce qui n’est pas le cas pour les sauts verticaux (Kotsifaki et al, 2021) . Les tests de saut vertical offrent une meilleure vue d’ensemble des déficits de production de puissance et de réactivité musculaire, deux aspects cruciaux pour la performance sportive après une reconstruction du LCA.

Bien que les tests de sauts horizontaux soient largement utilisés dans les protocoles de rééducation et d’évaluation du retour au sport après une reconstruction du LCA présentent donc certaines limites. Cette carence dans les tests fonctionnels traditionnels pourrait contribuer à expliquer pourquoi une proportion non négligeable d’athlètes souffrent d’une nouvelle blessure après leur retour à la compétition.

King et al. (2021) mettent également en lumière le fait que les asymétries biomécaniques identifiées lors des tests de saut vertical, en particulier sur la jambe contralatérale, sont souvent ignorées dans les évaluations traditionnelles axées sur la symétrie de performance entre les membres. Pourtant, ces asymétries pourraient expliquer une partie du risque élevé de blessure du genou non opéré. Il apparaît donc que se baser uniquement sur la symétrie de performance entre les membres n’est pas suffisant pour garantir la sécurité et la performance à long terme des athlètes.

En tant que cliniciens vous devez avoir conscience que les tests couramment utilisés, tels que les tests isocinétiques ou les sauts horizontaux, bien qu’importants, ne suffisent pas à évaluer toutes les capacités fonctionnelles cruciales pour un retour au sport sûr. En particulier, la négligence des évaluations plyométriques, qui mesurent la capacité réactive des muscles et la production de puissance verticale, peut laisser des déficits non traités qui augmentent les risques de récidive de blessure.

Incorporer systématiquement des tests de saut vertical :

Il vous est recommandé d’ajouter des tests de saut vertical, tels que le single leg vertical jump (SLVJ) et le single leg drop jump (SLDJ), aux protocoles d’évaluation standardisés pour les patients post-reconstruction du LCA. Ces tests vous fournirons des informations complémentaires importantes sur la production de puissance concentrique et la réactivité des membres inférieurs, deux facteurs essentiels pour la performance sportive et la prévention des blessures.

Évaluer la capacité réactive des muscles à travers le test RSI :

Le test d’indice de force réactive (RSI), qui mesure la hauteur du saut en relation avec le temps de contact au sol, est un indicateur crucial de la capacité pliométrique. Il vous permettra d’identifier des déficits dans la réactivité musculaire, souvent négligés par les tests standards. Les résultats de Giacomazzo et al. montrent que seule une petite proportion des patients post-ACLR (16 %) atteint un RSI de 90 % ou plus, soulignant l’importance d’évaluer cette composante dans la réhabilitation.

Focus sur la symétrie fonctionnelle et la performance absolue des deux jambes :

Il est important que vous alliez au-delà de l’évaluation de la symétrie inter-membres et vous concentrer également sur les performances absolues des deux jambes, y compris la jambe contralatérale, souvent négligée. Comme le montrent les études de King et al. (2021), les asymétries de biomécanique et de performance peuvent persister sur le membre controlatéral, augmentant ainsi le risque de blessure. Par conséquent, il est essentiel de surveiller de près la performance de ce membre et de concevoir des programmes de rééducation spécifiques pour corriger ces asymétries.

Optimiser la réhabilitation des quadriceps et des muscles postérieurs de la cuisse :

Le renforcement des quadriceps et des ischio-jambiers doit être une priorité tout au long de la rééducation, surtout en mettant l’accent sur l’amélioration de la capacité réactive et de la production de force dans des contextes de cycles étirements-contractions rapides (SSC). Les déficits identifiés dans ces muscles, en particulier leur performance lors de tâches pliométriques, doivent être systématiquement ciblés.

Personnaliser les programmes de rééducation :

Il est souhaitables que vous évaluiez chaque athlète individuellement, en prenant en compte son sport, son niveau d’activité et ses exigences biomécaniques spécifiques. Le programme de rééducation devrait inclure des exercices spécifiques pour améliorer la réactivité et la production de force, adaptés à chaque patient. Par exemple, dans les sports nécessitant des mouvements explosifs (football, basketball), une attention particulière devrait être portée à la rééducation de la capacité réactive des muscles pour prévenir les blessures contralatérales.

Utilisation des données biomécaniques dans la prise de décision pour le retour au sport :

Aujourd’hui différents outils se démocratisent (applications, tapie de bosco, plateforme de force) et vous permettent d’avoir accès aux types de données évoquées précédemment. Les décisions de retour au sport doivent aussi se baser sur ces données biomécaniques précises et non seulement sur des critères cliniques traditionnels ou la symétrie des membres.

Single Leg Drop Jump

Vous devez adopter une approche holistique pour la rééducation du LCA, en incluant des tests de saut vertical et des évaluations biomécaniques avancées . Ces outils vous permettront de détecter des déficits fonctionnels souvent invisibles avec les tests traditionnels, et leur utilisation pourrait considérablement améliorer les résultats post-opératoires et réduire le risque de nouvelles blessures. La personnalisation des programmes de rééducation, axée sur la correction des asymétries et l’amélioration des capacités plyométriques, est essentielle pour garantir un retour au sport sûr et durable.

King, Enda, Chris Richter, Katherine A.J. Daniels, Andy Franklyn-Miller, Eanna Falvey, Gregory D. Myer, Mark Jackson, Ray Moran, et Siobhan Strike. « Can Biomechanical Testing After Anterior Cruciate Ligament Reconstruction Identify Athletes at Risk for Subsequent ACL Injury to the Contralateral Uninjured Limb? » The American Journal of Sports Medicine 49, no 3 (mars 2021): 609‑19. https://doi.org/10.1177/0363546520985283.

Giacomazzo, Quentin, Brice Picot, Thomas Chamu, Pierre Samozino, et Benoit Pairot De Fontenay. « Impaired Symmetry in Single-Leg Vertical Jump and Drop Jump Performance 7 Months After ACL Reconstruction ». Orthopaedic Journal of Sports Medicine 12, no 8 (août 2024): 23259671241263794. https://doi.org/10.1177/23259671241263794.

Riera, J., F. Forelli, C. Coulondre, et A. Rambaud. « Fiche Pratique Du « Single Hop Test » ». Journal de Traumatologie Du Sport, janvier 2023, S0762915X23000050. https://doi.org/10.1016/j.jts.2023.01.005.

Kotsifaki, Argyro, Rod Whiteley, Sam Van Rossom, Vasileios Korakakis, Roald Bahr, Vasileios Sideris, Philip Graham-Smith, et Ilse Jonkers. « Single Leg Hop for Distance Symmetry Masks Lower Limb Biomechanics: Time to Discuss Hop Distance as Decision Criterion for Return to Sport after ACL Reconstruction? » British Journal of Sports Medicine, 9 mars 2021, bjsports-2020-103677. https://doi.org/10.1136/bjsports-2020-103677.


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