Syndrome de la bandelette iliotibiale chez les coureurs partie 2 : Le traitement.

Cet article est une traduction autorisée par l’auteur d’une publication en deux parties de l’un de nos formateurs, le Dr Rich Willy (PT, PhD), sur le syndrome de la bandelette iliotibiale (SBIT). Traduit en français par le Jérôme Riera et relue par le Dr jéremy Volante.

Voici la seconde partie de cette série sur le syndrome de la bandelette iliotibale (SBIT) rédigée par Rich Willy, PT, PhD. Cette pathologie est fréquente chez les coureurs mais il y a peu de recommandations sur son traitement dans la littérature. Dans la première partie nous avons discuté de l’étiologie du SBIT, nous allons maintenant évoquer son traitement.

Les points clés : A/Le coureur ne sera pas capable de reprendre la course à pieds sans une surcharge progressive afin de restaurer l’enveloppe de fonction ; B/Éviter les contraintes au coureur blessé augmentera autant le risque de récidive qu’un excès de charge.

Stratégie globale de rééducation du coureur avec SBIT.

Un programme de rééducation du SBIT bien construit aura pour objectif de mettre en charge progressivement le coureur blessé et la bandelette iliotibiale (BIT) afin de restaurer la tolérance aux charges spécifiques à la course à pieds, aussi connue sous le nom d’enveloppe de fonction (fig.1) (6,11). Utiliser la mise en contrainte progressive permet d’appliquer des charges de manière adéquate en vue de stimuler le processus d’adaptation en évitant d’irriter encore plus la BIT. 

Figure 1. Modèle de l’homéostasie tissulaire développé par Dye en 2005 et mis à jour par Gabbett en 2016

Toutefois, éviter la contrainte peut aussi entrainer une récidive par la mauvaise préparation à la charge biomécanique rencontrée lors du processus de reprise de course (12). Comme évoqué dans la première partie les cliniciens et coureurs ne doivent pas tomber dans ce piège de l’évitement pour réduire la douleur du SBIT.

Attendez ! A quel moment le foam-rolling joue un rôle dans l’homéostasie tissulaire ?

Le foam rolling est souvent prescrit dans le SBIT. Toutefois, il ne produit pas de changement dans la flexibilité plus de quelques minutes et le soulagement ressenti n’est que temporaire, probablement dû au phénomène de modulation centrale de la douleur (1,22). Contrairement à certaines croyances populaires les « adhérences » et les « fascias » ne sont pas « relâchés » ou « brisés » par le foam-rolling. En prenant en compte lefait que le SBIT est une pathologie de compression il n’y a aucune raison d’ajouter une compression supplémentaire sur la face latérale du genou (8).

Plutôt que le foam-rolling, cibler les contraintes spécifiques à la course à pieds.

Lors d’un jogging classique les structures anatomiques subissent d’importants pics de charges ; b/avec de grandes quantités d’énergie stockée et libérée ; c/et de manière hautement cumulative (fig.2) (26). Ces trois composantes doivent être traitées lors de la rééducation : les pics de charges élevés correspondent au renforcement à charge lourdes et contractions lentes, le stockage et restitution d’énergie aux exercices plyométriques et le cumul de charge à la mise en place du programme de retour à la course à pieds (fig.3) (26).


Figure 2. Les trois principaux types de charges subit par le coureur. Adapté de Willy & Meira 2016

Les programmes de rééducation doivent prendre en compte que la BIT est mise en charge lors de la course quand l’adduction de hanche est augmentée et les foulées étroites (14,18). Le moment de varus du genou (force de courbure centrifuge) augmente avec les foulées étroites et augmente aussi les charges sur la BIT (9,17). Finalement, la BIT fonctionne comme un élément de stockage/restitution d’énergie en particulier lors de la phase d’appui terminale lorsque l’extension excentrique de la hanche est couplée à la flexion du genou. Nous allons jouer sur ces fonctions de la BIT pour initialement réduire l’irritabilité et dans les phases plus avancées de la rééducation restaurer ses capacités.

Figure 3. Prendre en charge toutes les composantes de la charge est la clé d’une rééducation réussie. Willy & Meira, IJSPT, 2016

Phases de la rééducation du SBIT.

La rééducation du SBIT est divisé en deux étapes principales ; a/ phase où la douleur domine et b/ phase ou la charge domine (fig.3). Ces phases sont dérivées des travaux de Cook et Purdam (2009) et Fredericson & Weir (2005) (4,10). Au final, ces phases ont pour objectifs de maximiser la charge tout en maintenant l’irritabilité de la partie latérale du genou sous contrôle à 0-2/10 sur l’EVA aussi bien durant la séance qu’au réveil le lendemain matin.

Figure 4. Progression de la rééducation pour le coureur avec SBIT

Étape 1 :

La gestion de la charge est essentielle lors de cette étape pour réduire l’irritation. La descente de marches et même la marche rapide peuvent être douloureuses lors de la phase dominée par la douleur entrainant l’arrêt de la course à pieds. La difficulté est de réduire les charges abusives et l’irritabilité tout en maintenant un niveau de charge tolérable. La mise en contrainte améliore la qualité tissulaire tout en jouant un rôle important sur la douleur (16,21). De ce fait, le niveau d’activité doit rester aussi élevé que possible, et il ne faut pas avoir peur de charger la BIT, mais en évitant d’exacerber la douleur. Il faut donc probablement cesser la course à pieds un temps en la remplaçant par des activités non-irritantes et ardues.
Lors de l’étape 1, il est possible de maintenir le niveau d’activité en marchant sur un tapis roulant incliné à 8-10%. Marcher en montée sur un tapis roulant a/ réduit le moment de varus du genou tout en augmentant la flexion du genou à l’attaque du pied évitant ainsi la zone angulaire d’impingement du genou (~30° de flexion du genou) ; et b/ réduit le phénomène de stockage/restitution d’énergie au niveau de la BIT (7). Le tapis roulant et très bien car il évite la marche en descente qui est associée à de fortes contraintes varisantes du genou et une forte demande en stockage/restitution d’énergie de la BIT.
Si la marche en montée sur tapis n’est pas tolérée au début, le vélo d’appartement est une bonne option. Toutefois la selle doit être légèrement avancée et abaissée afin que le genou se fléchisse aux alentours de 35° au point le plus bas du cycle de pédalage pour éviter la zone d’impingement. Si le vélo n’est pas toléré, alors la natation est une bonne option. Toutefois le coureur doit toujours travailler pour tendre vers la marche en montée sur tapis roulant même si ce n’est pas toléré au départ.

Figure 5. Exercices de l’étape 1. A/ ITB excursion exercise (10x10s de tenue) progresser vers B/ le single leg bridge. En même temps le coureur réalise la progression des abducteurs de hanche (C-E).

Les exercices de mise en charge progressive en chaine ouverte de la BIT et la hanche sont initiés lors de l’étape 1. La BIT est mise en charge lors de cette première étape via l’exercice de Thomas (fig.5A). Cet exercice est ensuite progressé vers le single leg bridge (fig.5B). En même temps que ces deux exercices la musculature postéro latérale de la hanche est mise en charge progressivement (fig.5C-E) (20). De multiple séries de contractions isométriques de 10 s ou moins doivent être prescrits avec assez de temps de tenue et d’effort pour s’approcher de l’échec musculaire lors des deux dernières répétitions.

Phase ou la charge domine : Étape 2-5

Le coureur passe à cette phase lorsqu’il/elle est capable de descendre des marches sans douleur.

ÉTAPE 2 :

La progression du split squat (fig.6) est l’élément clé de cette étape. Cette progression d’exercice permet un travail excentrique et concentrique de la musculature concernée et la BIT par l’application de charges lourdes et des répétitions effectuées lentement (6 s/rep). Le split squat combine un exercice d’excursion de la BIT et un renforcement des muscles impliqués à l’étape 1 en un seul exercice. Il faut noter que le renforcement seul ne permettra pas de résoudre les problèmes de biomécaniques de course qui contribuent au SBIT (25). Il faut plutôt voir ces exercices de renforcement comme des exercices permettant d’améliorer la tolérance à la charge des structures concernées. En d’autres mots, on est plus sur de la charge que sur du « « fonctionnel ».

Figure 6. Progression de split squat. Point clé : la jambe arrière (droite) est la jambe blessée. Le coureur transfère autant que possible son poids du corps sur le pied droit pour mettre en charge les fléchisseurs de la hanche droite en excentrique lors de la descente du corps et en concentrique lors de la montée. Les répétitions sont effectuées doucement (3s descente, 3s montée). Lorsque la série est terminée la jambe droite passe en avant et le poids du corps et transféré dessus pour cibler les extenseurs de hanche. Au début la table est positionnée basse (A) puis élevée (B), puis des poids sont ajoutés (C-D).

Une progression typique peut être 3 séries de 10-12 répétitions de split squat sans charge, ensuite passer à 4 séries de 6-8 répétitions avec ajout de poids en s’approchant de l’échec musculaire lors des dernières répétitions. Lors de cette étape 2 le split squat est réalisé 3x/sem. La progression du split squat est faite tout au long des étapes 2 à 5, en ajoutant des résistances de manière appropriée.

Étape 3 :

Les exercices plyométriques sont ajoutés à cette étape, et poursuivis à l’étape 4, pour s’occuper de la composante stockage restitution d’énergie de la BIT mais sans démarrer la phase d’accumulation de charge en course à pied. Cette étape est en générale courte, 1 semaine, et est utilisée comme un pont entre les étapes 2 et 4 où la course à pieds est réintroduite. Les sauts latéraux résistés (fig.7) sont d’excellents exercices plyométriques du fait des charges appliquées à la musculature postéro-latérale de la hanche.

Figure 7. Sauts latéraux résistés.

Étape 4 :

Un programme de retour à la course accéléré et souvent utilisé après avoir complété les étapes 1-3 afin de réintroduire la charge de course de manière progressive. Il est important que le coureur perçoive ce programme simplement comme une autre forme d’exercice de mise en charge. Si le coureur voit la course à pieds comme un moyen d’améliorer ses performances il aura tendance à sortir du programme et faire trop de course à pieds trop tôt. Utilisez un entrainement croisé qui soit un challenge pour lui comme par exemple du vélo d’appartement en interval training afin de maintenir sa condition physique lors du processus de retour à la course à pieds. A de nombreux coureurs souffrant de SBIT il est préconisé de réaliser les 2 premières semaines du programme de reprise sur tapis roulant avec une élévation modérée (5%) avant de reprendre en plein air. La course en descente et le trail (entrainant une fouée étroite) doivent être absolument évitées à cette étape. L’éducation du patient est primordiale car le coureur est anxieux de retourner à sa charge d’entrainement habituelle et de reproduire les erreurs ayant entrainé son SBIT. Les exercices de plyométrie de l’étape 3 sont arrêtés à la deuxième ou troisième semaine. Les modifications techniques de la course peuvent être un excellent adjuvant pour réduire les charges lors de la course et permettre une pratique plus longue avant l’arrivée des symptômes. La consigne la plus simple, et probablement la plus efficace, que l’on puisse donner est d’augmenter la cadence de pas par minute de 5-10% ce qui a/ réduit le pic d’adduction de hanche (14,24) ; b/ augmente la largeur de la foulée (2) ; c/ conduit à avoir un genou plus fléchi à l’attaque du pied diminuant ainsi le temps dans la zone d’impingement de la BIT (23). Plus important encore, adopter une cadence plus élevée réduit les contraintes et la vitesse à laquelle s’appliquent les contraintes sur la BIT (2).

Figure 8. Coureur avec SBIT à gauche au départ (A) et avec 7,5% d’augmentation de sa cadence habituelle (B). Notez la réduction du crossover, de l’adduction de hanche et de la chute du bassin lors de la phase d’appui. Un feedback live de cadence était réalisé à l’aide d’une montre de running Carmin (C)

Donner simplement des consignes au coureur sur sa cadence n’est pas suffisant ; toute intervention visant la modification de la foulée doit s’appuyer sur un feedback visuel afin que le coureur puisse détecter ses erreurs et s’entraine suffisamment pour que cela soit efficace (5). La plupart des coureurs utilisent des montres GPS pouvant aussi indiquer leur cadence de course.

D’autres modifications de la technique de course peuvent être indiquées, comme par exemple donner des consignes directes sur l’adduction de hanche ou l’augmentation de la largeur des foulées (18,19,27).

Point clé : Les modifications techniques de la course doivent être spécifiques au coureur que vous traitez.

Étape 5 :

Lors de cette étape, le coureur doit continuer à augmenter son volume d’entrainement de manière raisonnable. La course en descente et le trail sont ajoutés progressivement, si nécessaire pour le coureur. Toutefois, le coureur devrait ajouter le trail et la course en descente lors de jours différents, au départ, avant de les incorporer ensemble sur une sortie. Le coureur tirera bénéfice à poursuivre son renforcement musculaire avec les split squats, mais devra en restreindre le volume à une fois par semaine au fur et à mesure de l’augmentation du volume de course à pieds.

Conclusion

Du fait des contraintes importantes appliquées lors de la course à pied sur la BIT une rééducation active semble recommandée. Alors que réduire les contraintes lors de la phase douloureuse initiale est adapté, il est important que le coureur et le clinicien travaillent à restaurer les capacités complètes de la BIT et du coureur grâce à une mise en contrainte progressive.

Références:

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article

Syndrome de la bandelette iliotibiale chez le coureur: Partie 1

Cet article est une traduction autorisée par l’auteur d’une publication en deux parties de l’un de nos formateurs, le Dr Rich Willy (PT, PhD), sur le syndrome de la bandelette iliotibiale (SBIT).

Traduit en français par le Dr Jeremy Volante et relue par Jérôme Riera.

Le SBIT est une blessure commune chez les coureurs, mais la littérature scientifique reste pauvre quant au traitement de cette pathologie. Cette mini-série en deux parties vise à nous éclairer sur les causes du SBIT (partie 1) et sa prise en charge (partie 2).

Quelles sont les caractéristiques de la douleur du SBIT et qui est touché ?

Le SBIT est la première source de douleur latérale du genou chez le coureur, représentant entre 5 et 14% des blessures induites par la course à pied(1). Le SBIT est plus communément retrouvé chez les coureurs (50-81% des coureurs avec un SBIT) que les coureuses(1). La douleur est localisée au niveau du condyle fémoral latéral lors des mouvements de flexion-extension, lorsque le genou est entre 25° et 35° de flexion (classiquement appelée en anglais « Impingement zone »(2). La douleur du genou est reproduite lorsque la hanche part en extension, que le genou se fléchit et que le muscle tenseur du fascia lata fonctionne en excentrique (3), comme lors d’une descente de côte en course, ou une descente d’escaliers.
La douleur décrite par les coureurs est forte, aigue, obligeant l’arrêt de la course.

Toutes les pathologies du coureur sont des blessures dues à des erreurs de charge d’entrainement. Le SBIT ne fait pas exception.

Figure 1. Facteurs étiologiques et de mauvaise récupération d’un SBIT.

Les coureurs qui augmentent rapidement leur volume de course (4), particulièrement les descentes de côtes (2) sont à risque de développer un syndrome de la bandelette ilio-tibiale (« Training load error », fig.1). Courir avec une foulée étroite (5)(comme lors d’un single étroit en trail) ou courir avec une adduction de hanche important (« Movement pattern, fig.1)(6,7), augmente la tension sur la bandelette iliotibiale (fig.2).

Il est toutefois important de noter qu’un coureur peut présenter ce genre de biomécanique ainsi qu’une capacité tissulaire relativement faible (« tissue capacity exceeded », fig.1) mais une blessure ne surviendra pas sans une augmentation rapide des charges d’entrainement. Une fois blessé, la capacité du coureur à tolérer la charge sera substantiellement réduite et la sensation douloureuse sera perçue durant des activités relativement légères comme la descente d’une marche.

Bien que non étudiée directement chez les coureurs souffrant d’un SBIT, avoir des comportements d’évitement liés à la peur de la douleur sont des indicateurs d’une récupération lente dans d’autres pathologies non traumatiques du genou tel que le syndrome fémoro-patellaire (8).

Figure 2. Coureur A présentant une foulée étroite avec chevauchement des malléoles lors de la phase d’appui et Coureur B avec une adduction de hanche marquée et chute horizontale du bassin. Les deux profils augmentent la tension sur la bandelette ilio-tibiale
Figure 3. Cercle vicieux de perte de capacité de charge

Le SBIT peut rapidement devenir une blessure persistante

En présence d’un SBIT les coureurs vont souvent stopper la course temporairement permettant à l’irritation locale de diminuer. Cependant, en évitant de charger la bandelette ilio-tibiale (le stress shielding des anglo-saxons), les coureurs vont inconsciemment réduire encore plus leur capacité tissulaire. Le coureur est ensuite comme dupé par ses sensations en croyant sa blessure guérie. Du fait que les coureurs se sentent prêt à reprendre la course, leur activité adorée, le processus de retour est souvent précipité (« Returns to running too quickly », fig. 3). Les coureurs répètent alors les mêmes erreurs de planification qui ont menées à leur blessure. Le processus pathogène est répété, entrainant une perte continue des capacités à tolérer la charge (« offloads ITB Þ loses capacity »( fig.3).

Le SBIT est une blessure par excès de compression. Donc, arrêtons de la qualifier de syndrome de frottement ou de friction

Figure 4. Anatomie distale de la bandelette ilio tibiale

La bandelette ilio-tibiale est en réalité juste un épaississement latéral du fascia de la cuisse avec d’importantes attaches sur le fémur et sur la rotule, avant de se terminer sur le tubercule de Gerdy (fig.4)(9).
L’importante attache de la bandelette ilio-tibiale sur le condyle fémoral latéral et en postérieur sur la crête latérale de la ligne âpre empêche la bandelette ilio tibiale de glisser en avant du condyle latéral. En d’autres termes, pas de frottement ou de friction (10). Chez le coureur atteint de SBIT, le tissu adipeux richement innervé qui se trouve entre la bandelette ilio tibiale et le condyle fémoral latéral est comprimé lorsque la flexion du genou dépasse 30° et que la tension dans la BIT est à son maximum (bien visualisé lors d’études cadavériques). Cette compression est nociceptive avec un fort potentiel douloureux (9,10)

Il n’y a pas de bon test diagnostic pour le SBIT

Le SBIT est diagnostiqué sur la base de l’anamnèse du patient, de l’augmentation relative du volume de course et de descente de côtes, mais c’est aussi un diagnostic d’exclusion. Les autres sources de douleurs latérales du genou doivent être écartées dont les pathologies fémoro-patellaires, les tendinopathies glutéales, les douleurs lombaires référées et les fractures de stress fémorales distales. L’imagerie est typiquement seulement réalisée pour écarter les autres pathologies et non pour diagnostiquer un SBIT (11).

Le test de compression de Noble ou le test de compression de Noble modifié (fig. 5) est supposé optimiser le diagnostic positif de SBIT. Dans le test de compression de Noble modifié on place la hanche en extension et l’examinateur, tout en comprimant avec son pouce 1 à 2 cm au-dessus du condyle latéral du genou, réalise des mouvements de flexion-extension et de rotation interne du genou à la recherche de douleur (12). Les rapports de vraisemblances positifs et négatifs de ces tests ne sont pas connus donc prudence quand vous les utilisez. En d’autres termes, fiez vous à l’histoire du patient et attachez vous à écarter les autres diagnostics.

Figure 5. Test de compression de Noble modifié

Le test de Ober est très mauvais pour évaluer la rigidité de la bandelette ilio tibiale. Il est temps d’arrêter de le faire.

Dans une étude cadavérique récente, les résultats aux tests d’ Ober, classiques ou modifiés, n’étaient pas affectés par la section de la bandelette ilio tibiale (13). Le principal contributeur à la positivité du test d’Ober est la capsule suivie du muscle moyen fessier et du petit fessier (13). Même si la bandelette ilio tibiale était rigide, il est physiologiquement impossible de l’étirer.

Tout n’est qu’une question de faiblesse des muscles de la hanche, non ? Hum…pas vraiment.

La faiblesse musculaire de la hanche n’est pas prédictive de qui développera un SBIT (1), toutefois les individus souffrant de SBIT ont une faiblesse musculaire de la hanche. Cela suggère que le SBIT cause une faiblesse musculaire de la hanche plutôt que l’inverse, très similaire à ce que l’on retrouve dans le syndrome fémoro-patellaire (14). De manière intriguante, Fairclough et al, ont postulé que la compression du tissu graisseux richement innervé entre la bandelette ilio tibiale et le condyle fémoral latéral entraine une inhibition de la musculature proximale, conduisant à une stratégie de réduction des forces compressives agissant sur le tissu sous la bandelette ilio tibiale inadaptée (10). Il reste que le renforcement musculaire semble être un élément important de la rééducation des SBIT, comme il en sera discuté dans deuxième partie de cette mini-série.

A suivre….

Si vous souhaitez en savoir plus sur Rich Willy et la formation que nous proposons avec lui, c’est par ici.

Références:

1.      Van der Worp MP, Van der Horst N, de Wijer A, Backx FJG, Nijhuis-van der Sanden MWG. Iliotibial band syndrome in runers: A systematic review. Sports Med. 2012;42(11):969‑92.

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9.      Fairclough J, Hayashi K, Toumi H, Lyons K, Bydder G, Phillips N, et al. The functional anatomy of the iliotibial band during flexion and extension of the knee: implications for understanding iliotibial band syndrome. J Anat. mars 2006;208(3):309‑16.

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article

Facteurs de risque du syndrome fémoro patellaire.

Analyse d’article.

Nous allons évoquer ici une revue systématique avec méta-analyse réalisée par nos intervenants, Brad Neal et Simon Lack, sur les facteurs de risque du syndrome fémoro patellaire (1).

Le but était de déterminer les facteurs de risque (FR) dans différentes populations afin de permettre aux cliniciens de développer des stratégies de prévention selon le modèle de prédiction des blessures de Van Mechelen (figure 1) (2).

Figure 1:Modèle de prédiction des blessures de Van Mechelen

La dernière revue systématique sur le même sujet datait de 2012 (3) et n’avait pu inclure qu’un faible nombre d’études. La littérature, sur le sujet, s’étant bien développer ces dernières années il était approprié de réaliser une nouvelle revue systématique.

Au final, 18 études prospectives (le schéma d’étude le plus approprié pour déterminer les facteurs de risque) ont été incluse représentant 4818 participants. La qualité des études a été évalué en combinant l’échelle de Newcastle-Ottawa et l’évaluation du nombre d’évènements par variables. Il en ressort que 9 études furent évaluées comme étant de haute qualité et 9 de qualité moyenne.

Les études incluses ont évalué trois populations distinctes, les militaires, les adolescents et les coureurs amateurs. Pour ces populations les incidences cumulées étaient respectivement de 11%, 11% et 6%.

Résultats sur les différentes variables analysées.

Démographiques :

  • Genre : Il n’y’a pas d’association significative (RR 1.33, CI 0.76, 2.34) * même si la proportion de femme semble plus importante notamment chez les coureurs amateurs. *Pour les variables qualitatives nominales et les nombres bruts de participants blessés ou non ils ont utilisé le risque relatif comme mesure d’association. Il est ici de 1.33, l’intervalle de confiance comprenant la valeur 1, l’association n’est pas statistiquement significative.
  • Taille : La taille ne semble pas être un FR (SMD −0.08, CI −0.21, 0.05) *. *Pour les variables quantitatives continues ils ont évalué la différence standardisée des moyennes, parfois nommée taille de l’effet. Ici catégorisé de la manière suivante, si SMD<0.59 elle est faible, si 0.60<SMD<1.19 elle est modérée et forte si SMD>1.20.
  • Le poids : Ne semble pas être un FR (SMD 0.02, CI −0.11, 0.16).
  • IMC : Ne semble pas être un FR (SMD 0.10, CI −0.12 to 0.32).
  • Pourcentage de masse graisseuse : Ne semble pas être un FR (SMD −0.13, CI −0.40, 0.13)
  • Age : ne semble pas être un FR (SMD 0.06, CI −0.13, 0.25)
  • Longueur des membres inférieurs : Ne semble pas être un FR (SMD −0.01, CI −0.28, 0.25)

Alignement des membres inférieurs :

  • L’angle Q ne semble pas être un FR (SMD 0.06, CI −0.22, 0.33)

Mesures de force :

  • Quadriceps : Une faiblesse du quadriceps est un FR avec toutefois une taille d’effet faible (SMD -0.32, CI -0.42, -0.22).
  • La force isocinétique des ischio-jambiers chez les militaires (n’a pas été mesuré dans les autres populations) ne semble pas être un facteur de risque (SMD −0.09, CI −0.42, 0.24 à 60°/s et SMD −0.10, CI −0.43,0.22 à 240°/s).
  • La hanche : Mesurées au dynamomètre manuel, la force de flexion d’extension, de rotation interne, rotation externe et d’adduction ne sont pas des FR. La force d’abduction ne semble pas non plus être un facteur de risque sauf, et c’est une nouveauté qui ressort de cette revue systématique, une force plus importante de l’abduction de hanche semble être un FR dans la population adolescente (SMD 0.71, CI 0.39, 1.04)

Biomécanique :

  • Le valgus du genou lors d’un test de réception ne semble pas être un FR (SMD 4.17, CI −4.19, 12.53).
  • Les variables cinétiques au niveau des différentes parties du pied ne semblent pas être des FR.

Conclusion :

Au final deux variables évaluées dans cette revue systématique ressortent comme étant des facteurs prédictifs, une faiblesse du quadriceps chez les militaires (les données n’ont pas pu être assemblées dans les autres populations) et une plus grande force isométrique d’abduction de hanche chez les adolescents. Cette dernière donnée peut sembler étrange mais au final, dans cette population, ceux qui ont la plus grande force sont probablement ceux qui pratiquent le plus d’activité physique s’exposant donc à une blessure de surcharge. Les adolescents sont une population spécifique (4), il est par exemple démontré que, contrairement aux autres populations, lorsque la pathologie est développée il n’ont pas de perte de force associée (5). Le rôle de l’éducation (informations sur la pathologie, apprendre à comment gérer sa douleur…)est probablement primordiale dans le traitement des adolescents, d’autant que l’observance des exercices prescrits est faible voire nulle (6). Pourtant l’addition d’ exercices à l’éducation donne de meilleurs résultats à 24 mois que l’éducation seule (7). Tous ces points seront bien sûr abordés lors de la formation de Brad et Simon. Cette revue systématique montre que nous en savons encore bien peu sur l’épidémiologie du syndrome fémoro patellaire et que de nouvelles études prospectives de bonne qualité sont nécesssaires. La figure suivante, issue de l’article, résume les différents facteurs pouvant interagir et faciliter le développement de la pathologie (figure 2).

Figure 2: facteurs potentiels influençant le syndrome fémoro patellaire

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Bibliographie :

1.   Neal BS, Lack SD, Lankhorst NE, Raye A, Morrissey D, van Middelkoop M. Risk factors for patellofemoral pain: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 21 sept 2018;bjsports-2017-098890.

2.   van Mechelen W, Hlobil H, Kemper HCG. Incidence, Severity, Aetiology and Prevention of Sports Injuries: A Review of Concepts. Sports Med. août 1992;14(2):82‑99.

3.   Lankhorst NE, Bierma-Zeinstra SM, van Middelkoop M. Risk factors for patellofemoral pain syndrome: a systematic review. J Orthop Sports Phys Ther. févr 2012;42(2):81‑94.

4.   Rathleff MS, Vicenzino B, Middelkoop M, Graven-Nielsen T, van Linschoten R, Hölmich P, et al. Patellofemoral Pain in Adolescence and Adulthood: Same Same, but Different? Sports Med. nov 2015;45(11):1489‑95.

5.   Rathleff CR, Baird WN, Olesen JL, Roos EM, Rasmussen S, Rathleff MS. Hip and knee strength is not affected in 12-16 year old adolescents with patellofemoral pain–a cross-sectional population-based study. PLoS One. 2013;8(11):e79153.

6.   Rathleff MS, Rathleff CR, Holden S, Thorborg K, Olesen JL. Exercise therapy, patient education, and patellar taping in the treatment of adolescents with patellofemoral pain: a prospective pilot study with 6 months follow-up. Pilot Feasibility Stud [Internet]. déc 2018 [cité 4 déc 2018];4(1). Disponible sur: https://pilotfeasibilitystudies.biomedcentral.com/articles/10.1186/s40814-017-0227-7

7.   Rathleff MS, Roos EM, Olesen JL, Rasmussen S. Exercise during school hours when added to patient education improves outcome for 2 years in adolescent patellofemoral pain: a cluster randomised trial. Br J Sports Med. mars 2015;49(6):406‑12.

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Big News !

Nous avons le plaisir de vous informer que votre organisme de formations, Physio Sport et Performance, est maintenant enregistré auprès de l’Agence Nationale du DPC. Nous allons dès à présent déposer les dossiers afin que nos formations puissent être rapidement éligible au titre du DPC.

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Coup d’oeil sur un article scientifique !

Capture d’écran 2019-06-15 à 15.32.46

Notre intervenant, Enda King (kinésithérapeute en chef et chercheur à la Sport Surgery Clinic de Dulin), publie plusieurs études en ce moment. Nous allons nous attarder sur une en particulier « Whole-body biomechanichal differences between limbs exist 9 months after ACL reconstruction across jump/landing tasks ». Enda King et al, Scand J Med Sci Sports, 2018. Doi : 10.1111/sms.13259.

Avant de rentrer dans les détails, nous vous rappelons que Enda viendra donner sa formation sur la rééducation du Ligament croisé antérieur, formation axée sur la ré-athlétisation et le retour à la performance, les 29 et 30 Juin prochain à Bordeaux. Il reste encore quelques places disponibles, la formation est admissible à une pris en charge par le fif-pl et nous sommes référencé Datadock.

Pour vous inscrire

Pour revenir à notre étude, les auteurs, en raison du  taux de re rupture qui n’est pas négligeable (1) ainsi que ceux de retour au sport au niveau précédant la blessure relativement faibles(2)(3)(1), ont avancé l’hypothèse que 9 mois après une chirurgie du ligament croisé antérieur (LCA), délai régulièrement annoncé pour la reprise du sport en compétition, il y aurait encore des différences sur la biomécanique (cinétique et cinématique) de la chaine cinétique (tronc, hanche, genou, cheville) ainsi que sur la performance, entre le côté opéré et le côté sain, lors de la réalisation de tests cliniques couramment utilisés comme critères de retour au sport (double leg drop jump (DLDJ), single leg drop jump (SLDJ), single leg hop for distance (SLHD) et le hurdle hop (HH)).

Ils ont donc inclus consécutivement 156 patients de sexe masculin, pratiquant un sport de pivot et désirant reprendre leur sport à un niveau identique. Les patients ont été recruté, avant leur chirurgie, dans les cabinets de deux chirurgiens orthopédiques mais opérant au même endroit. Cette cohorte de patients a par ailleurs servi à d’autres études très intéressantes (4)(5). En raison des critères d’inclusion et du caractère monocentrique de l’étude il faudra évidemment se méfier avant d’extrapoler les résultats de cette étude à d’autres populations.

Suite à la chirurgie (greffe os-tendon patellaire-os ou ischio-jambiers) les patients ont pu réaliser leur rééducation chez leurs kinésithérapeutes habituels sans qu’un protocole spécifique soit proposé par les investigateurs. Les patients ont ensuite été testé en moyenne 8,8 mois (ET ±0,7) après opération. Pour chaque patient le membre opéré fut comparé au membre sain, sur différentes variables biomécaniques, lors des différents tests évoqués plus haut. Les investigateurs ont ensuite testé les différences entres les membres sains et opérés avec un test de Student pour séries appariées. Lorsque la différence était significative la taille de l’effet (ES) fut calculée afin d’évaluer cette différence.

Nous allons vous rapporter ici seulement les variables avec une grande taille de l’effet (c.a.d d>0,8) pour le reste nous vous invitons à consulter l’article joint à cet article.

Biomécanique :

Double leg drop jump :

Moment du genou opéré plus faible dans les plans frontal (ES d=-0,92, en direction du valgus) et transverse (ES d=-0,81, vers la rotation externe).

 Single leg drop jump :

 Aucune variable avec une différence importante ici. Notons toutefois un moment du genou, dans le plan frontal, plus faible côté opéré (ES d=-0,74, en direction du valgus) et un centre de gravité moins postérieur au genou sur l’ensemble du mouvement (ES d=0,74).

Single leg hop for distance :

 Centre de gravité moins postérieur au genou lors de l’ensemble du mouvement (ES d=0,82) du côté opéré et encore une fois un moment du genou, plus faible dans le plan frontal (ES d=-0,8, en direction du valgus).

Hurdle hop :

Aucune variable avec une différence importante ici. Nous pouvons toutefois noter, encore une fois, un moment du genou, dans le plan frontal, plus faible du côté opéré (ES=-0,74, en direction du valgus).

Performance :

Les investigateurs ont ici comparé la hauteur de saut et l’index de force réactive lors du single leg drop jump et du single leg hop for distance.

Une différence importante fut trouvée, entre côté sain et côté opéré sur la hauteur lors du single leg drop jump (ES d=-0,81) alors que la différence de longueur de saut sur le single leg hop for distance était faible (ES d=-0,36).

Bon…c’est bien beau tout ça mais on en fait quoi ???

 Cette étude à évaluer de nombreux paramètres (bien plus que ceux relatés ci-dessus, mais pour les découvrir nous vous invitons à lire l’étude complète !) sur de des patients à 9 mois de leur opération du LCA. Elle ne nous permet en aucun cas de dire que ces facteurs sont prédictifs de quoique ce soit mais elle propose un état des lieux. Cependant, certains facteurs biomécaniques prédictifs d’une rupture du LCA (6), ou de re-rutpure(7), sont connus et il est intéressant de les comparer aux résultats obtenus.

Nous voyons que dans cette étude la variable retrouvée, sur tous les tests, avec une ES allant de modérée à grande est un moment interne de valgus diminuée sur le membre opéré alors que d’autres études (7)(6) avaient plutôt trouvé un moment externe de valgus augmenté (NDLR : le moment interne est la résultante des forces crées par les muscles à l’articulation et l’externe par la résultante de forces externe agissant sur l’articulation, comme la force de réaction au sol par exemple). Toutefois, c’était sur des sujets féminins et il n’est pas idiot de penser qu’une diminution du contrôle du valgus, en situation de jeux, puisse favoriser une situation de valgus dynamique. Le contrôle neuro musculaire de la chaine cinétique semble donc déficitaire après 9 mois de rééducation (en tout cas sur cette cohorte de patients). En conséquence, c’est un élément important à cibler et évaluer lors de notre processus de rééducation/ré-athlétisation (Enda en parlera largement lors de la formation).

Nous notons aussi qu’un centre de gravité moins postérieur au genou et retrouvé régulièrement sur les différents tests avec une taille d’effet modérée à grande. Cela peut s’expliquer par une compensation visant à moins solliciter le quadriceps dont nous savons qu’il reste souvent déficitaire après chirurgie du LCA(8).

Pour ce qui est de la performance, nous voyons que le single leg drop jump est probablement plus à même de mettre en évidence un déficit que le single leg hop for distance et sera donc à privilégier sur ce paramètre. Il est bien évident que cela ne suffit pas à renvoyer un athlète à la compétition, bien d’autre paramètres sont à prendre en compte.

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Bibiliographie :

  1. Lai CC, Ardern CL, Feller JA, Webster KE. Eighty-three per cent of elite athletes return to preinjury sport after anterior cruciate ligament reconstruction: a systematic review with meta-analysis of return to sport rates, graft rupture rates and performance outcomes. Br J Sports Med [Internet]. 21 févr 2017; Disponible sur: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28223305
  2. Ardern CL, Taylor NF, Feller JA, Webster KE. Fifty-five per cent return to competitive sport following anterior cruciate ligament reconstruction surgery: an updated systematic review and meta-analysis including aspects of physical functioning and contextual factors. Br J Sports Med. nov 2014;48(21):1543‑52.
  3. Ardern CL, Taylor NF, Feller JA, Whitehead TS, Webster KE. Sports Participation 2 Years After Anterior Cruciate Ligament Reconstruction in Athletes Who Had Not Returned to Sport at 1 Year: A Prospective Follow-up of Physical Function and Psychological Factors in 122 Athletes. Am J Sports Med. avr 2015;43(4):848‑56.
  4. King E, Richter C, Franklyn-Miller A, Wadey R, Moran R, Strike S. Back to Normal Symmetry? Biomechanical Variables Remain More Asymmetrical Than Normal During Jump and Change-of-Direction Testing 9 Months After Anterior Cruciate Ligament Reconstruction. Am J Sports Med. avr 2019;47(5):1175‑85.
  5. King E, Richter C, Franklyn-Miller A, Daniels K, Wadey R, Jackson M, et al. Biomechanical but not timed performance asymmetries persist between limbs 9 months after ACL reconstruction during planned and unplanned change of direction. J Biomech. nov 2018;81:93‑103.
  6. Hewett TE, Myer GD, Ford KR, Heidt RS, Colosimo AJ, McLean SG, et al. Biomechanical Measures of Neuromuscular Control and Valgus Loading of the Knee Predict Anterior Cruciate Ligament Injury Risk in Female Athletes: A Prospective Study. Am J Sports Med. avr 2005;33(4):492‑501.
  7. Paterno MV, Schmitt LC, Ford KR, Rauh MJ, Myer GD, Huang B, et al. Biomechanical Measures during Landing and Postural Stability Predict Second Anterior Cruciate Ligament Injury after Anterior Cruciate Ligament Reconstruction and Return to Sport. Am J Sports Med. oct 2010;38(10):1968‑78.
  8. Petersen W, Taheri P, Forkel P, Zantop T. Return to play following ACL reconstruction: a systematic review about strength deficits. Arch Orthop Trauma Surg. oct 2014;134(10):1417‑28.
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Lors de la progression de l’entrainement, toutes les charges ne sont pas équivalentes.

Par le Pr Tim Gabbett et l’équipe de Gabbett Performance Solutions

A quoi correspond une charge suffisante et quand y’en a-t-il trop ?

Il est bien établi que pour bâtir des athlètes robustes il est nécessaire de proposer une charge chronique et éviter les changements rapides dans la charge. Que vous travailliez avec des athlètes professionnels ou des « champions du weekend », la question posée par les entraineurs et les professionnels de santé est souvent la même :

« A quel point dois-je augmenter la charge d’entrainement afin d’obtenir, de mon athlète, la meilleure performance possible, sans augmenter son risque de blessure ? »

La charge d’entrainement doit dépasser les capacités de l’athlète afin de permettre une adaptation et éventuellement améliorer ses capacités. Toutefois, des blessures peuvent apparaitre si les charges d’entrainement augmentent trop rapidement et qu’elles dépassent trop les capacités tissulaires.

Mais comment les praticiens peuvent-ils s’assurer que les athlètes soient capables d’accepter la charge prescrite ? Nous avons récemment décrit le ratio de charge aigüe:chronique (ACWR) qui est une approche, fondée sur les preuves scientifiques, pour proposer une progression de la charge sans risquer les blessures (1). Cette méthode utilise la quantité de charge d’entrainement récente (c.à.d. charge aigüe) en rapport à la charge d’entrainement appliquée sur le long terme (c.à.d. charge chronique) dans le but d’améliorer les capacités de l’athlète. Auparavant « la règle des 10% » était (et est toujours présente dans certains sports) régulièrement recommandée pour gérer la progression de la charge d’entrainement. Cet article discutera des recherches autour de la progression des charges d’entrainement et proposera quelques éléments pratiques pour améliorer les capacités de vos athlètes.

 « La règle des 10% » existe-t-elle vraiment ?

 Toute personne, ayant lu un livre de médecine du sport ou de préparation physique, a vu le passage « n’augmentez pas la charge d’entrainement de plus de 10% par semaine ou cela augmentera le risque de blessure ! ». Cette manière de limiter l’augmentation de la charge hebdomadaire de 10% correspond à « la règle des 10% ». Elle est très populaire dans les sports d’endurance, en particulier la course à pieds. Le résultat est qu’une augmentation de la charge de plus de 10% par semaine augmenterait le risque de blessure alors que rester sous ces 10% permettrait de ne pas blesser l’athlète. Mais avons-nous des preuves scientifiques supportant ces affirmations ?

Buist et al. (2) ont étudié l’influence, sur les blessures, d’une augmentation, ‘normale’ ou ‘réduite’ (c.à.d. moins de 10% par semaine), de la charge d’entrainement de coureurs débutants. Le groupe avec une avec augmentation de charge dite ‘réduite’ a effectué une progression sur 13 semaines tandis que le groupe ‘normale’ atteignit la même charge d’entrainement sur une période plus courte (8 semaines). A la fin des périodes d’entrainement il n’y avait aucune différence dans la prévalence des blessures, entre les groupes ‘réduite’ (21%) et ‘normale’ (20%). Nielsen et al. (3) ont aussi étudié la progression dans la charge d’entrainement chez les coureurs débutants. Ils ont trouvé que les coureurs augmentant leur charge d’entrainement de plus de 30% par semaine étaient plus propices à développer des blessures que ceux ayant une progression plus lente. Cependant, ils ont aussi démontré que les coureurs débutants pouvaient tolérer une progression de la charge d’entrainement d’environ 20-25% par semaine, au moins sur de courtes périodes.

Au final, que nous disent ces résultats ? Tout d’abord, il apparait que de grandes augmentations dans la charge d’entrainement (~30%) augmente le risque de blessure. Deuxièmement, il est courant pour des coureurs débutants d’augmenter la charge d’entrainement de plus de 10% par semaine, et au moins pour de courtes périodes, de tolérer ces progressions de charge d’entrainement.

Comme avec tout contenu scientifique, le contexte est important.

Nous avons démontré que, dans les sports d’équipe, lorsque l’augmentation de la charge d’entrainement était limitée à moins de 10% par semaine, le risque de blessure était très faible (~7,5%) (1). Cependant, la chance de se blesser était presque triplée (~21%) lorsque l’augmentation de la charge d’entrainement augmentait de plus de 15% par semaine. Si la charge d’entrainement augmentait de 50% par semaine alors le risque de se blesser passait à 38% (Figure 1).

Figure 1. Chance de se blesser avec différents niveaux de changement dans la charge d’entrainement. Données issues d’athlètes pratiquant des sports d’équipe.

fig

Il semblerait donc logique d’avancer que pour diminuer le risque de blessure, tous les sportifs devraient limiter la progression de leur charge d’entrainement à moins de 10% par semaine. Cependant, comme avec toutes les données issues de la recherche, le contexte est important ! Bien que le consensus général soit que des changements rapides dans la charge d’entrainement augmentent le risque de blessures, ces changements doivent être mis en rapport avec la charge chronique de l’athlète. Les sportifs avec une charge chronique faible ont des possibilités plus importantes d’augmenter leur charge d’entrainement. Tandis que ceux ayant une charge chronique élevée ont des possibilités plus limitées pour augmenter leur charge d’entrainement. Il est bien plus facile d’augmenter sa charge d’entrainement hebdomadaire lorsque la charge chronique est proche du néant que lorsqu’elle est proche du maximum (Tableau 1).

Tableau 1. Changements suggérés dans la charge d’entrainement hebdomadaire en fonction de la charge chronique de l’athlète.

Condition PhysiqueCharge chroniqueChangement hebdomadaire de la charge d’entrainement
Déconditionné

 

FaibleMoins de 10%
Bonne santé mais sans entrainement

 

ModéréePlus de 10%
Athlète de haut niveauElevéeMoins de 10%

Il est relativement aisé d’éviter les changements rapides dans la charge d’entrainement mais les entraineurs et les professionnels de santé sont encouragé à faire preuves de bon sens dans la préparation de leurs progressions d’entrainement. Prenons l’exemple d’un individu, non entrainé, (charge chronique actuelle d’1 mile par semaine) dont le but est de participer à une course de 10 miles. Si, une augmentation de moins de 10% de sa charge d’entrainement hebdomadaire lui était proposée, à la deuxième semaine il passerait à 1,1 miles, en troisième semaine ce serait 1,21 miles. Il lui prendrait 26 semaines pour avoir la capacité de tolérer une course de 10 miles. 10% de rien ce n’est toujours rien !

Peut-être que le terme de « guide des 10% » est plus adapté !

Si, la « règle des 10% » était vraiment une règle, une augmentation hebdomadaire de la charge d’entrainement de plus de 10% résulterait systématiquement en un taux de blessure élevé alors que mois de 10% d’augmentation conduirait à un taux de blessure plus faible. Neuf pourcents d’augmentation serait sans risque et onze pourcents serait risqué ! Ce n’est clairement pas le cas. Lorsque l’on progresse les charges d’entrainement, augmenter de moins de 10% devrait être considérer comme une recommandation et non une « règle ».

Comment savoir si 10% d’augmentation est suffisant ou trop ?

 Il est plus que judicieux de prendre plus qu’une simple information lorsque l’on interprète des données et que l’on prescrit des entrainements. La charge d’entrainement chronique doit être prise en compte lors de la progression de charge hebdomadaire. Mais, la « réponse » de l’athlète à l’entrainement doit être évaluée régulièrement. Par exemple, si un sportif se plaint de fatigue excessive, de réveils nocturnes, d’un moral perturbé ou de douleurs qui sont présentes le matin et persistent la nuit, peut être que le changement dans la charge d’entrainement a dépassé les capacités de cet athlète. D’un autre côté, si l’athlète supporte facilement la progression proposée, il faut peut-être proposer une augmentation plus importante. Un certain niveau de fatigue est nécessaire pour qu’il y’est une adaptation, les sportifs ne progresseront pas si le stimulus lié à l’entrainement n’est pas adapté. Lorsque l’on augmente la charge d’entrainement, les 10% d’augmentation hebdomadaires peuvent servirent de « guide », mais le contexte (c.à.d. charge chronique, phase d’entrainement, tolérance à la charge) est l’élément clé !

Bibliographie

  1. Gabbett TJ. The training—injury prevention paradox: should athletes be training smarter and harder? Br J Sports Med 2016;50:273-280.
  2. Buist I, Bredeweg SW, Mechelen van W, et al. No effect of a graded training program on the number of running-related injuries in novice runners: A randomized controlled trial. Am J Sports Med 2008;36:33–9. doi:10.1177/0363546507307505
  3. Nielsen RO, Cederholm P, Buist I, et al. Can GPS be used to detect deleterious progression in training volume among runners? J Strength Cond Res 2013;27:1471-1478.

Pour s’inscrire à la formation de Tim Gabbett c’est par ici !!!

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Syndrome fémoro-patellaire : Livret d’information pour les patients

Notre intervenant Christian Barton est un chercheur spécialiste du syndrome fémoro -patellaire et est à l’origine de nombreux projets visant à diffuser les données issues de la recherche vers les cliniciens et les patients.

Il y’ a quelques temps, il publiait, en compagnie d’un autre chercheur spécialiste

téléchargement

de cette pathologie, Michael Rathleff, un livret à destination des patients. Ce livret a été traduit en français par l’association française de thérapie manuelle orthopédique, groupe d’intérêt de l’International Federation of Orthopaedic Manipulative Physical Therapists,  OMT-france. Merci à eux pour ce travail.

Télécharger le livret

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