Introduction

Le cancer reste un défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Des progrès significatifs on été réalisés dans la prévention, le diagnostic et le traitement du cancer. Toutefois, les effets secondaires des traitements, la présence de co-morbidités, et le manque d’activité physique peuvent impacter négativement la survie des patients. Récemment, des études se sont intéressées à l’impact de la condition physique, notamment la force musculaire et la capacité cardio-respiratoire (CRF), sur la mortalité des patients atteints de cancer. C’est justement ce qu’explore l’article dont nous allons parler.
Qu’est-ce que la force musculaire et la capacité cardio-respiratoire ?
- Force musculaire : C’est la capacité de vos muscles à produire une force. Elle est souvent mesurée à l’aide de dynamomètres et par des tests simples comme la force de préhension (handgrip strength, HGS). Cet article utilise ce test comme moyen de mesurer la force des participants.
- Capacité cardio-respiratoire (CRF) : Elle reflète l’efficacité de votre cœur et de vos poumons à fournir de l’oxygène à vos muscles pendant l’effort. Elle est mesurée par des tests comme le test d’effort cardio)respiratoire (CPET) ou le test de marche de 6 minutes (6MWT).
L’étude : une méta-analyse pour faire le point sur les connaissances
L’article que nous analysons est une méta-analyse. Cela signifie que les chercheurs ont rassemblé et analysé les données de plusieurs études existantes pour avoir une vision plus globale. Ils ont passé en revue 42 études incluant près de 47 000 patients. Ils étaient atteints de divers types de cancer et à différents stades. L’objectif principal était d’examiner si la force musculaire et la CRF étaient associées à la mortalité toutes causes confondues et à la mortalité spécifique au cancer, et si ces associations variaient en fonction du type ou du stade du cancer.
Les méthodes : comment les études ont été sélectionnées et analysées ?
- Sélection des études : Les chercheurs ont fouillé cinq grandes bases de données scientifiques. Ils ont inclus les études prospectives observationnelles qui évaluaient la force musculaire et/ou la CRF chez des patients atteints de cancer et rapportaient des données sur la mortalité.
- Collecte des données : Les informations importantes, comme l’âge des patients, leur type de cancer, leur stade, les mesures de leur condition physique et les données de mortalité ont été extraites. Deux méthodes d’analyse ont été utilisées :
- Valeurs seuils (cut-off) : Les patients ont été divisés en deux groupes (condition physique élevée ou faible) en fonction de seuils prédéfinis pour la force musculaire et la CRF. Par exemple, force de préhension >19.1 kg vs <19 kg ou CRF >16.1 mL/kg/min vs <16.0 mL/kg/min.
- Changements par unité d’augmentation : L’impact de chaque unité d’augmentation de la force musculaire ou de la CRF sur la mortalité a été examiné. Par exemple, comment chaque augmentation d’1 MET (unité de mesure de la CRF) est associée à la mortalité.
- Analyse statistique : Des méthodes statistiques ont été utilisées pour combiner les résultats des différentes études et déterminer les associations. Les chercheurs ont utilisé le Hazard Ratio (HR) comme mesure d’association. Un HR inférieur à 1 indique une diminution du risque de mortalité.
Les principaux résultats : ce que nous apprend cette méta-analyse
- Force musculaire et mortalité toutes causes confondues :
- Les patients ayant une force musculaire élevée avaient un risque de mortalité toutes causes confondues réduit de 31 à 46% par rapport à ceux ayant une force musculaire faible.
- Chaque augmentation d’une unité de force musculaire était associée à une réduction de 11% du risque de mortalité.
- Capacité cardiorespiratoire et mortalité toutes causes confondues :
- Les patients ayant une CRF élevée avaient un risque de mortalité toutes causes confondues réduit de 46% par rapport à ceux ayant une CRF faible.
- Il n’y avait pas d’association significative entre les augmentations de CRF par unité et le risque de mortalité toutes causes confondues dans l’analyse principale.
- Mortalité spécifique au cancer :
- Chaque augmentation d’une unité de CRF était associée à une réduction de 18% du risque de mortalité spécifique au cancer. En revanche, les chercheurs n’ont pas trouvé d’association significative entre les valeurs seuils de CRF et la mortalité spécifique au cancer.
- Pas assez de données étaient disponibles pour analyser l’impact de la force musculaire sur la mortalité spécifique au cancer.
- Impact du stade du cancer :
- La force musculaire et la CRF étaient des facteurs de prédiction de la mortalité toutes causes confondues, surtout chez les patients atteints de cancers à un stade avancé.
- Impact du type de cancer :
- Les patients atteints de cancers du poumon et du système digestif ayant une force musculaire plus élevée présentaient un risque de mortalité toutes causes confondues plus faible.
- Les patients atteints d’un cancer du poumon avec une CRF plus élevée avaient un risque de mortalité toutes causes confondues plus faible.
Discussion : pourquoi ces résultats sont-ils importants ?
Ces résultats confirment que la force musculaire et la CRF sont des indicateurs importants de la survie des patients atteints de cancer. Une meilleure condition physique, mesurée après le diagnostic de cancer, est associée à une réduction significative du risque de mortalité toutes causes confondues et de mortalité spécifique au cancer.

- Force musculaire : L’étude souligne que même une faible augmentation de la force musculaire peut avoir un impact positif sur la survie. De plus, le fait que la force musculaire soit particulièrement prédictive chez les patients atteints d’un cancer à un stade avancé est très encourageant, car ce sont les populations où le besoin de nouvelles approches est le plus grand.
- Capacité cardiorespiratoire : Il semble que la CRF joue un rôle important pour la survie globale et la survie spécifique au cancer, car même une faible augmentation de la CRF peut avoir un impact sur la mortalité spécifique au cancer. L’étude souligne l’importance de la CRF chez les patients atteints d’un cancer du poumon.
Limites de l’étude
Il est important de prendre en compte les limites de cette étude :
- Les études incluses utilisaient des méthodes différentes pour évaluer la force musculaire et la CRF.
- La plupart des études manquaient d’informations sur le suivi des patients et sur les facteurs pouvant influencer les résultats, notamment les traitements et les co-variables.
- La nature observationnelle des études ne permet pas d’établir un lien de causalité direct entre condition physique et survie.
Implications pour les cliniciens et les patients : comment appliquer ces connaissances ?
Pour les cliniciens :
- Évaluation de la condition physique : Il est crucial que vous évaluiez régulièrement la force musculaire et la CRF des patients atteints de cancer. Vous devez utiliser des tests simples et accessibles comme la force de préhension et le test de marche de 6 minutes .
- Prescription d’exercice physique : vous devez élaborer des prescriptions d’exercices physiques adaptés, individualisées, et supervisées. Il faudra que vous y incluiez des exercices de renforcement musculaire et des exercices d’endurance cardiovasculaire. Il faut insister sur la nécessité d’une adaptation de l’activité physique aux capacités de chacun en commençant par une évaluation individuelle des possibilités et des objectifs du patient.
- Surveillance : Il est important de suivre régulièrement l’évolution de la condition physique des patients afin d’adapter la prise en charge en fonction de leurs progrès et de leur état de santé.
Pour les patients :
- L’activité physique est votre alliée : L’étude met en évidence l’importance de l’activité physique pour la survie, même après un diagnostic de cancer. L’activité physique doit être adaptée à vos capacités et à vos préférences. Vous pouvez demander conseil à votre médecin, un kinésithérapeute, ou un coach sportif spécialisé dans l’accompagnement des personnes atteintes de cancer.
- Renforcement musculaire : Les exercices de renforcement musculaire, même légers, peuvent avoir un effet positif sur votre santé et votre survie. Vous pouvez commencer avec des exercices simples à la maison, comme soulever des poids ou faire des exercices avec votre poids de corps.
- Activités cardiovasculaires : L’endurance cardiovasculaire peut également être améliorée par des activités comme la marche, la natation, ou le vélo. Choisissez une activité qui vous plaît et que vous pouvez pratiquer régulièrement.
- Échangez avec votre équipe soignante : N’hésitez pas à discuter de ces informations avec votre médecin et votre équipe soignante. Ils pourront vous conseiller et vous orienter vers les programmes d’activité physique les plus adaptés à votre situation.
Conclusion
Cette méta-analyse confirme l’importance cruciale de la force musculaire et de la CRF pour la survie des patients atteints de cancer. En pratique, cela signifie qu’une évaluation régulière de ces paramètres et la mise en place de programmes d’exercices physiques adaptés pourraient faire partie intégrante de la prise en charge des patients atteints de cancer. Il est important de noter que les résultats de cette étude, combinés aux études précédentes, soulignent que les activités physiques doivent être entreprises pendant toutes les étapes du cancer, du diagnostic, au traitement, en passant par le suivi des patients. Il est donc essentiel d’intégrer ces informations dans la pratique clinique, afin que les patients puissent bénéficier au maximum des bienfaits de l’exercice physique sur leur santé et leur survie.
Référence:
Bettariga F, Galvao D, Taaffe D, et al. Association of muscle strength and cardiorespiratory fitness with all-cause and cancer-specific mortality in patients diagnosed with cancer: a systematic review with meta-analysis British Journal of Sports Medicine Published Online First: 21 January 2025. doi: 10.1136/bjsports-2024-108671