HYPERTHERMIE D’EFFORT : ATTENTION AU COUP DE CHALEUR A L’EXERCICE

Article rédigé par le Dr Jérémy Volante.

Courir par temps chaud de surcroit avec intensité expose le coureur au fameux et banalisé « coup de chaud ». Néanmoins l’augmentation de la température corporelle, paramètre régulé de l’organisme expose le coureur à des conséquences qui peuvent parfois être dramatique.

Reconnaître le coup de chaleur (CDC) et savoir orienter rapidement sa prise en charge est crucial.

Le coup de chaleur est une urgence thérapeutique où le refroidissement rapide est la priorité absolue, avant même le transport vers une structure médicale

Le coup de chaleur est caractérisé par une augmentation de la température centrale > 40°C couplée à une défaillance du système nerveux central.

critères hyperthermie
Figure 1.Définition du coup de chaleur d’exercice Chaffard et al, SFAR, 2024

Les signes cliniques incluent un déficit de concentration, confusion, pouvant aller jusqu’aux convulsions. D’autres signes peuvent être une agitation, des troubles du comportement, une ataxie, une instabilité de la marche, un comportement irrationnel, ou un état mental altéré.

Des prodromes comme une asthénie, des crampes, des douleurs abdominales et des céphalées peuvent exister.

Figure 2.Pathologies liées à la chaleur Chaffard et al, SFAR 2024

Si une personne s’effondre pendant ou immédiatement après un effort physique dans un environnement chaud, le coup de chaleur doit être le diagnostic présomptif.

La mesure de la température RECTALE est la méthode de référence et la plus fiable pour confirmer le diagnostic et suivre l’efficacité du refroidissement.

Les mesures orales, auriculaires, axillaires ou cutanées ne sont pas recommandées comme substituts.

L’absence de prise en charge précoce d’un CDC peut avoir des répercussions graves avec risque d’insuffisance rénale ou hépatique aigue, rhabdomyolyse, coagulation intra vasculaire disséminée, défaillance neurologique voir coma.

Déplacez la personne vers l’endroit le plus frais disponible et retirez les vêtements extérieurs. Le port de vêtements couvrant plus de 60% de la surface corporelle est un facteur prédisposant au coup de chaleur. Des vêtements amples, légers, peu couvrants et de couleur claire sont recommandés.

La méthode de refroidissement la plus efficace est l’immersion corporelle totale jusqu’à la nuque dans de l’eau froide ou un bain réfrigéré.

L’eau doit être si possible entre 5 et 15°C, mais un bain à température ambiante est également efficace tant qu’il y a un gradient thermique.

  • L’utilisation de serviettes imbibées d’eau glacée changées fréquemment, appliquées sur les membres, le tronc et la tête, avec des poches de glace à l’aine, aux aisselles et au cou.
  • Le douchage à l’eau froide (eau du robinet) sur tout le corps, y compris les extrémités, le tronc, les mains, les pieds, le cou et la tête.
  • Les draps imbibés d’eau froide/glacée qui enveloppent le corps entier et fréquemment ré-humidifiés.
  • La pulvérisation d’eau avec un ventilateur, plus efficace dans les environnements à faible humidité.
  • Le refroidissement doit être débuté dans les 5 minutes suivant la reconnaissance des signes pour limiter les effets les plus sévères et réduire la morbidité et la mortalité.
  • Le refroidissement doit être poursuivi jusqu’à ce que la température rectale atteigne moins de 38,9°C. Il est recommandé de viser une température normale, idéalement 37°C, car il n’y a pas de consensus scientifique sur un seuil plus élevé.
  • Pendant le refroidissement, surveillez l’amélioration clinique à l’aide de marqueurs tels que les signes vitaux, la couleur de la peau et le score de Glasgow
  • L’administration de perfusions intraveineuses de sérum physiologique isotonique est également recommandée. Les solutés froids peuvent aider au refroidissement.

Si des frissons ou une agitation surviennent pendant le refroidissement, une intervention pharmacologique (comme les benzodiazépines) peut être nécessaire, mais cela ne doit pas retarder le refroidissement à moins que la température centrale ne soit déjà inférieure à 39°C

Une fois la température corporelle diminuée, le coureur doit être évacué vers une structure hospitalière pour un bilan complet des potentielles séquelles.

Le transport vers l’hôpital doit être coordonné avec les équipes médicales sur place, et le refroidissement doit si possible être maintenu pendant le transport (couverture refroidissante type Bair Hugger, solutés réfrigérés à 4° …).

La reprise de l’activité sportive après un coup de chaleur est un défi car il n’existe pas de consensus scientifique complet. Cependant, la plupart des individus récupèrent complètement en quelques semaines si le coup de chaleur a été rapidement identifié et refroidi de manière agressive. Une étude rétrospective sur 2529 CDC a montré que le pic de souffrance rénal se situe avant 48h, celui du foie et du muscle à J4 et les marqueurs biologiques de souffrance peuvent persister jusqu’à 16 jours.

Les CDC plus sévères nécessitent une prise en charge spécialisée en hospitalisation dont le pronostic et la récupération sont dépendant de la sévérité et du type d’atteinte d’organe.

Il est crucial de laisser suffisamment de temps pour la guérison du corps. Même si celle-ci est optimisée, le sportif ayant subi un CDC reste à risque de récidive par manque d’adaptation intrinsèque à la chaleur.

Le manque d’hydratation, la perte de sommeil, un épisode fébrile précédent, l’excès de zèle du sportif, le surpoids, le port de vêtements couvrants, et un défaut d’acclimatation à la chaleur sont des facteurs prédisposants. Certains médicaments comme les diurétiques, les bêta-bloquants, ou les antihistaminiques, ainsi que la consommation de thé, de caféine et d’alcool par temps chaud, sont déconseillés.

Un bilan médical régulier est nécessaire, et tout épisode médical important doit donner lieu à un avis médical avant de s’engager dans une compétition en milieu chaud et humide. Les directives de retour à l’activité exigent généralement que le patient soit asymptomatique au repos et présente une fonction normale des organes cibles (ex: foie et reins).

  • Pas d’exercices physiques pendant au moins sept jours après la fin des soins médicaux.
  • Réévaluation par le médecin de famille une semaine après la sortie de l’hôpital. Il sera attentif à la régularisation des paramètres biologiques musculaires, hépatique et rénaux entre autres.
  • Débuter par des exercices dans un environnement extérieur frais, en augmentant graduellement la durée, l’intensité et l’exposition à la chaleur sur 15 jours.
  • Consulter un médecin en cas d’incapacité à reprendre une intensité de pratique usuelle, ou en cas de persistance d’un symptôme lié au coup de chaleur sous un mois.
  • Le retour à la compétition se fera après deux à quatre semaines d’entraînement complet sous stress à la chaleur et sans récurrence de symptomatologie.

Un programme structuré de retour à l’activité/jeu après un coup de chaleur d’exercice, intégrant la récupération médicale et l’acclimatation à la chaleur, est recommandé. Il se décline en plusieurs étapes :

Étape 1 : Récupération Médicale Précoce (1-2 semaines) : Axée sur la guérison des systèmes organiques. Activités de la vie quotidienne et augmentation progressive des activités à domicile sans fatigue.

Étape 2 : Récupération Médicale Intermédiaire : Maintien d’une forme aérobie minimale et renforcement de la confiance. Marche à allure confortable dans des conditions de faible stress thermique (ex: gymnase climatisé).

Étape 3 : Adaptation Précoce à l’Exercice : Amélioration progressive de la capacité d’exercice aérobie. Marche à 3.5 mph (5,6 km/h) dans des conditions de faible stress thermique.

Étape 4 : Adaptation Intermédiaire à l’Exercice : Amélioration progressive de la capacité d’exercice aérobie et de la forme physique. Marche et course dans des conditions de faible stress thermique, avec un ratio course/marche augmentant progressivement.

Étape 5 : Acclimatation à la Chaleur : Amélioration progressive de l’état d’acclimatation à la chaleur. Course dans des conditions ambiantes chaudes ou très chaudes.

Étape 6 : Acclimatation / Entraînement Spécifique au Sport : Amélioration de l’acclimatation à la chaleur et de la forme physique spécifiques au sport. Participation à l’entraînement dans des conditions ambiantes, en commençant par des exercices spécifiques au sport, puis en progressant vers l’entraînement complet.

Étape 7 : Retour Complet au Sport : Participation normale aux matchs ou compétitions dans des conditions ambiantes.

La bonne reconnaissance des facteurs de risque intrinsèques prédisposant au CDC est importante avant de s’engager sur une compétition exigeante. Ces derniers, bien identifiées ne sont néanmoins retrouvées que chez 50 % des patients ayant souffert d’un coup de chaleur.

Une bonne acclimatation à la chaleur de manière progressive est essentielle pour permettre au corps de mettre en place des boucles adaptatives. Ce processus implique une augmentation du volume plasmatique, améliorant les performances cardiaques et diminuant la température interne au repos. Pour les sportifs ou ceux qui reprennent une activité, la période d’acclimatation peut durer deux à trois mois.

Le phénomène d’acclimatation serait dû à une augmentation du volume plasmatique survenant trois à six jours après le premier stress permettant d’augmenter les performances cardiaques et de diminuer la température interne au repos. Il est alors physiquement recommandé de pratiquer une exposition graduelle au stress à la chaleur avec comme pour l’altitude, montée en stress progressive.

De plus la NATA (National Athlétic Training Association) recommande de ne pas pratiquer plus de trois heures d’exercices physiques durant les six premiers jours d’exposition à la chaleur.

Si vous êtes sportifs ou en reprise d’activités la période d’acclimatation à la chaleur peut durer plus longtemps et aller jusqu’à deux à trois mois.

L’hydratation joue un rôle primordial pour compenser les pertes hydriques et maintenir le volume sanguin.

La déshydratation, même de 1% de la masse corporelle, peut augmenter la température corporelle interne de 0.22°C. Il est recommandé de calculer la perte hydrique après l’effort pour évaluer les besoins en compensation. La sensation de soif apparaît souvent tardivement (pour une perte hydrique d’environ 2% du poids corporel), un pourcentage qui expose déjà au coup de chaleur.

Plusieurs études chez le footballeur ont montré la présence de passages en hypovolémie durant la saison, la période de prédilection étant la pré saison. Il est recommandé de faire une analyse quantitative de la perte hydrique à l’effort à fin d’évaluer les besoins stricts en compensation hydrique post effort et de mieux évaluer la consommation d’eau per exercice. Cette analyse est d’autant plus importante en cas de répétition sur plusieurs jours d’un effort en situation de fortes chaleurs.

La formule de calcul de la perte hydrique et de la compensation nécessaire en post effort la plus répandue est la suivante (Quantité de liquide à boire pour compenser la transpiration, en mL) :

(Poids avant la séance en kg – poids après la séance en kg) x1000 x1,5

Certains auteurs recommandent de boire régulièrement dès l’apparition de la sensation de soif néanmoins cette dernière apparaît pour une perte hydrique approximative de 2 % du poids du corps, ce pourcentage de perte exposant au coup de chaleur.

L’analyse prévisionnelle des conditions dans laquelle se déroulera l’exercice physique apparaît également déterminante dans l’apparition de complications dues à la chaleur. Ainsi les études réalisées chez les footballeurs ont montré que la plupart des décès étaient survenus lors de la pratique dans des conditions classifiées à haut risque (23°-28°) ou extrêmes (supérieure à 28°) lors de la calibration WBGT.

LE COUP DE CHALEUR APPARAIT LORS D’UNE PRATIQUE SPORTIVE AVEC UN IC DE PLUS DE 32°.

Certaines stations météorologiques vous permettent de contrôler en permanence l’IC et ainsi de choisir les meilleurs moments pour programmer votre séance. Nous vous recommandons vivement de choisir les heures les plus fraîches de la journée en saison chaude.

Concernant le choix de la tenue vestimentaire il est recommandé de porter des vêtements amples légers peu couvrants et de couleur claire permettant de ne pas gêner le phénomène de sudation et d’évaporation. Étonnamment le port d’un chapeau peut être débattu compte tenu de l’importante sudation du cuir chevelu. Il est alors vivement recommandé de retirer les chapeaux, casquettes ou casques lors des périodes de repos afin d’augmenter la dissipation de chaleur. La NCAA à émis des recommandations concernant la tenue vestimentaire en cas de fortes chaleurs ; elle préconise ainsi l’ajout progressif d’une protection (chapeau, T-shirt manche courte, protection) tous les trois jours d’entraînement afin de favoriser le phénomène d’acclimatation.

En cas de séances associant plusieurs blocs de travail, il est recommandé d’utiliser des mesures de refroidissement, ces dernières optimisant secondairement la dissipation de chaleur corporelle. Parmi les mesures les plus classiques on retrouve l’utilisation de patchs de refroidissement de type cold PACK, ingestion de boissons fraîches voir port de veste réfrigérante. À noter la synergie des méthodes de refroidissement corporelles internes et externes.

Références:

  • DeGroot DW, O’Connor FG, Roberts WO. Exertional heat stroke: an evidence based approach to clinical assessment and management. Exp Physiol. 2022 Oct;107(10):1172-1183. doi: 10.1113/EP090488. Epub 2022 Jul 13. PMID: 35771080.
  • Chaffard C, Delignette MC. Coup de chaleur à l’exercice, il y a urgence à refroidir. Anesthésie et réanimation. 2024 Jul ; 10(4) :388-398. doi :10.1016/j.anrea.2024.06.002

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