Cet article est une traduction autorisée par l’auteur d’une publication en deux parties de l’un de nos formateurs, le Dr Rich Willy (PT, PhD), sur le syndrome de la bandelette iliotibiale (SBIT).

Traduit en français par le Dr Jeremy Volante et relue par Jérôme Riera.

Le SBIT est une blessure commune chez les coureurs, mais la littérature scientifique reste pauvre quant au traitement de cette pathologie. Cette mini-série en deux parties vise à nous éclairer sur les causes du SBIT (partie 1) et sa prise en charge (partie 2).

Quelles sont les caractéristiques de la douleur du SBIT et qui est touché ?

Le SBIT est la première source de douleur latérale du genou chez le coureur, représentant entre 5 et 14% des blessures induites par la course à pied(1). Le SBIT est plus communément retrouvé chez les coureurs (50-81% des coureurs avec un SBIT) que les coureuses(1). La douleur est localisée au niveau du condyle fémoral latéral lors des mouvements de flexion-extension, lorsque le genou est entre 25° et 35° de flexion (classiquement appelée en anglais « Impingement zone »(2). La douleur du genou est reproduite lorsque la hanche part en extension, que le genou se fléchit et que le muscle tenseur du fascia lata fonctionne en excentrique (3), comme lors d’une descente de côte en course, ou une descente d’escaliers.
La douleur décrite par les coureurs est forte, aigue, obligeant l’arrêt de la course.

Toutes les pathologies du coureur sont des blessures dues à des erreurs de charge d’entrainement. Le SBIT ne fait pas exception.

Figure 1. Facteurs étiologiques et de mauvaise récupération d’un SBIT.

Les coureurs qui augmentent rapidement leur volume de course (4), particulièrement les descentes de côtes (2) sont à risque de développer un syndrome de la bandelette ilio-tibiale (« Training load error », fig.1). Courir avec une foulée étroite (5)(comme lors d’un single étroit en trail) ou courir avec une adduction de hanche important (« Movement pattern, fig.1)(6,7), augmente la tension sur la bandelette iliotibiale (fig.2).

Il est toutefois important de noter qu’un coureur peut présenter ce genre de biomécanique ainsi qu’une capacité tissulaire relativement faible (« tissue capacity exceeded », fig.1) mais une blessure ne surviendra pas sans une augmentation rapide des charges d’entrainement. Une fois blessé, la capacité du coureur à tolérer la charge sera substantiellement réduite et la sensation douloureuse sera perçue durant des activités relativement légères comme la descente d’une marche.

Bien que non étudiée directement chez les coureurs souffrant d’un SBIT, avoir des comportements d’évitement liés à la peur de la douleur sont des indicateurs d’une récupération lente dans d’autres pathologies non traumatiques du genou tel que le syndrome fémoro-patellaire (8).

Figure 2. Coureur A présentant une foulée étroite avec chevauchement des malléoles lors de la phase d’appui et Coureur B avec une adduction de hanche marquée et chute horizontale du bassin. Les deux profils augmentent la tension sur la bandelette ilio-tibiale
Figure 3. Cercle vicieux de perte de capacité de charge

Le SBIT peut rapidement devenir une blessure persistante

En présence d’un SBIT les coureurs vont souvent stopper la course temporairement permettant à l’irritation locale de diminuer. Cependant, en évitant de charger la bandelette ilio-tibiale (le stress shielding des anglo-saxons), les coureurs vont inconsciemment réduire encore plus leur capacité tissulaire. Le coureur est ensuite comme dupé par ses sensations en croyant sa blessure guérie. Du fait que les coureurs se sentent prêt à reprendre la course, leur activité adorée, le processus de retour est souvent précipité (« Returns to running too quickly », fig. 3). Les coureurs répètent alors les mêmes erreurs de planification qui ont menées à leur blessure. Le processus pathogène est répété, entrainant une perte continue des capacités à tolérer la charge (« offloads ITB Þ loses capacity »( fig.3).

Le SBIT est une blessure par excès de compression. Donc, arrêtons de la qualifier de syndrome de frottement ou de friction

Figure 4. Anatomie distale de la bandelette ilio tibiale

La bandelette ilio-tibiale est en réalité juste un épaississement latéral du fascia de la cuisse avec d’importantes attaches sur le fémur et sur la rotule, avant de se terminer sur le tubercule de Gerdy (fig.4)(9).
L’importante attache de la bandelette ilio-tibiale sur le condyle fémoral latéral et en postérieur sur la crête latérale de la ligne âpre empêche la bandelette ilio tibiale de glisser en avant du condyle latéral. En d’autres termes, pas de frottement ou de friction (10). Chez le coureur atteint de SBIT, le tissu adipeux richement innervé qui se trouve entre la bandelette ilio tibiale et le condyle fémoral latéral est comprimé lorsque la flexion du genou dépasse 30° et que la tension dans la BIT est à son maximum (bien visualisé lors d’études cadavériques). Cette compression est nociceptive avec un fort potentiel douloureux (9,10)

Il n’y a pas de bon test diagnostic pour le SBIT

Le SBIT est diagnostiqué sur la base de l’anamnèse du patient, de l’augmentation relative du volume de course et de descente de côtes, mais c’est aussi un diagnostic d’exclusion. Les autres sources de douleurs latérales du genou doivent être écartées dont les pathologies fémoro-patellaires, les tendinopathies glutéales, les douleurs lombaires référées et les fractures de stress fémorales distales. L’imagerie est typiquement seulement réalisée pour écarter les autres pathologies et non pour diagnostiquer un SBIT (11).

Le test de compression de Noble ou le test de compression de Noble modifié (fig. 5) est supposé optimiser le diagnostic positif de SBIT. Dans le test de compression de Noble modifié on place la hanche en extension et l’examinateur, tout en comprimant avec son pouce 1 à 2 cm au-dessus du condyle latéral du genou, réalise des mouvements de flexion-extension et de rotation interne du genou à la recherche de douleur (12). Les rapports de vraisemblances positifs et négatifs de ces tests ne sont pas connus donc prudence quand vous les utilisez. En d’autres termes, fiez vous à l’histoire du patient et attachez vous à écarter les autres diagnostics.

Figure 5. Test de compression de Noble modifié

Le test de Ober est très mauvais pour évaluer la rigidité de la bandelette ilio tibiale. Il est temps d’arrêter de le faire.

Dans une étude cadavérique récente, les résultats aux tests d’ Ober, classiques ou modifiés, n’étaient pas affectés par la section de la bandelette ilio tibiale (13). Le principal contributeur à la positivité du test d’Ober est la capsule suivie du muscle moyen fessier et du petit fessier (13). Même si la bandelette ilio tibiale était rigide, il est physiologiquement impossible de l’étirer.

Tout n’est qu’une question de faiblesse des muscles de la hanche, non ? Hum…pas vraiment.

La faiblesse musculaire de la hanche n’est pas prédictive de qui développera un SBIT (1), toutefois les individus souffrant de SBIT ont une faiblesse musculaire de la hanche. Cela suggère que le SBIT cause une faiblesse musculaire de la hanche plutôt que l’inverse, très similaire à ce que l’on retrouve dans le syndrome fémoro-patellaire (14). De manière intriguante, Fairclough et al, ont postulé que la compression du tissu graisseux richement innervé entre la bandelette ilio tibiale et le condyle fémoral latéral entraine une inhibition de la musculature proximale, conduisant à une stratégie de réduction des forces compressives agissant sur le tissu sous la bandelette ilio tibiale inadaptée (10). Il reste que le renforcement musculaire semble être un élément important de la rééducation des SBIT, comme il en sera discuté dans deuxième partie de cette mini-série.

A suivre….

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Références:

1.      Van der Worp MP, Van der Horst N, de Wijer A, Backx FJG, Nijhuis-van der Sanden MWG. Iliotibial band syndrome in runers: A systematic review. Sports Med. 2012;42(11):969‑92.

2.      Orchard JW, Fricker PA, Abud AT, Mason BR. Biomechanics of Iliotibial Band Friction Syndrome in Runners. Am J Sports Med. mai 1996;24(3):375‑9.

3.      Baker RL, Souza RB, Fredericson M. Iliotibial Band Syndrome: Soft Tissue and Biomechanical Factors in Evaluation and Treatment. PM&R. juin 2011;3(6):550‑61.

4.      Messier SP, Edwards DG, Martin DF, Lowery RB, Cannon DW, James MK, et al. Etiology of iliotibial band friction syndrome in distance runners. Med Sci Sports Exerc. 1995;27(7):951‑60.

5.      Meardon SA, Campbell S, Derrick TR. Step width alters iliotibial band strain during running. Sports Biomech. nov 2012;11(4):464‑72.

6.      Hamill J, Miller R, Noehren B, Davis I. A prospective study of iliotibial band strain in runners. Clin Biomech. oct 2008;23(8):1018‑25.

7.      Noehren B, Davis I, Hamill J. ASB Clinical Biomechanics Award Winner 2006. Clin Biomech. nov 2007;22(9):951‑6.

8.      Piva S, Fitzgerald G, Wisniewski S, Delitto A. Predictors of pain and function outcome after rehabilitation in patients with patellofemoral pain syndrome. J Rehabil Med. 2009;41(8):604‑12.

9.      Fairclough J, Hayashi K, Toumi H, Lyons K, Bydder G, Phillips N, et al. The functional anatomy of the iliotibial band during flexion and extension of the knee: implications for understanding iliotibial band syndrome. J Anat. mars 2006;208(3):309‑16.

10.    Fairclough J, Hayashi K, Toumi H, Lyons K, Bydder G, Phillips N, et al. Is iliotibial band syndrome really a friction syndrome? J Sci Med Sport. avr 2007;10(2):74‑6.

11.    Lavine R. Iliotibial band friction syndrome. Curr Rev Musculoskelet Med. 20 juill 2010;3(1‑4):18‑22.

12.    Rosenthal MD. Clinical Testing for Extra-Articular Lateral Knee Pain. A Modification and Combination of Traditional Tests. North Am J Sports Phys Ther NAJSPT. mai 2008;3(2):107‑9.

13.    Willett GM, Keim SA, Shostrom VK, Lomneth CS. An Anatomic Investigation of the Ober Test. Am J Sports Med. mars 2016;44(3):696‑701.

14.    Rathleff MS, Rathleff CR, Crossley KM, Barton CJ. Is hip strength a risk factor for patellofemoral pain? A systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. juill 2014;48(14):1088.

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